Les fouilles

Le commencement des recherches archéologiques sur le site remonte au début du siècle, mais les premiers travaux restèrent anonymes. Les premiers travaux scientifiques furent entrepris en 1912 et 1913 par Denis Peyrony, instituteur des Eyzies qui devait connaître la célébrité comme préhistorien. Ces fouilles furent entreprises pour le compte de l’administration des Beaux-Arts, elles ont surtout porté sur le grand abri, situé au niveau de la route actuelle, et ont permis d’établir une stratigraphie, c’est-à-dire une suite d’occupation humaine durant la Préhistoire et l’Histoire, du Paléolithique Moyen jusqu’à l’aube des temps modernes.

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Début du siècle : Premières fouilles, mais ces travaux restèrent anonymes  

1912 – 1913 : Fouilles qui furent entreprises par Denis Peyrony, fondateur du Musée National de la Préhistoire aux Eyzies  

1979 – 1980 – 1981 : Travaux de recherche effectués par Madame Julia Roussot Larroque, directeur de recherche CNRS, Institut du Quaternaire Monsieur Alain Roussot, Conservateur au Musée d’Aquitaine de Bordeaux  

Les fouilles ont recueilli des outils de silex, burins, grattoirs, lames ou lamelles à dos abattu et extrémité pointue ayant pu armer des projectiles ; cet outillage comporte des formes caractéristiques du Périgordien IV. On a retrouvé aussi un objet conique en ivoire qui serait peut-être un bouchon d’outre, des galets ayant servi à broyer l’ocre rouge, et des fragments de matières colorantes : ocre et oxyde noir de manganèse. Pas de véritable oeuvre d’art sur le site, mais une ébauche de gravure sur os, aujourd’hui au musée des Eyzies.

L’homme abandonne ensuite pour un temps la Roque Saint-Christophe et va s’installer sous des abris du voisinage. C’est bien plus tard avec le néolithique, que le grand abri est à nouveau habité. À ce moment, l’humanité bénéficie des inventions majeures de la civilisation, l’agriculture et l’élevage, bien que ses outils soient encore en pierre, puisque la métallurgie n’apparaîtra que plus tard. C’est à une période assez avancée du Néolithique, vers le 3ème millénaire avant notre ère, qu’appartiennent les vestiges retirés de l’abri, haches en pierre polie, flèches de silex, poids de filet de pêche, meule à main pour le grain, outils en bois de cerf ou en os, tessons de poterie. Sous la visière de l’abri, sur un sol déblayé en grande partie des vestiges des temps antérieurs, s’établissent alors des constructions légères ; les fouilleurs ont retrouvé des trous de piquets, calés par des pierres ; sans doute y avait-il là des barrières, cloisons ou réduits, parfois appuyés aux blocs éboulés au pied de la falaise. On y a retrouvé aussi dans une cachette des glands torréifiés.

Vers la fin du troisième millénaire avant notre ère, lorsqu’apparaît la métallurgie du cuivre, puis du bronze, la Roque n’est pas désertée, mais c’est surtout à partir de la période moyenne de l’âge du Bronze, vers 1200 ou 1100 environ avant notre ère, qu’elle va connaître un peuplement plus important.

Le phénomène s’accentue encore vers 1000 à 800 avant notre ère, époque du Bronze final. La Roque est alors intensément occupée, y compris aux étages supérieurs, malheureusement vidés et retaillés plus tard, aux époques historiques, ce qui a effacé les traces les plus anciennes. La population, sans atteindre les chiffres sans doute considérables de la période médiévale, est en tout cas bien supérieure à celle du Paléolithique supérieur ou du Néolithique, comme le montrent le nombre de vestiges mais aussi les superficies occupées.

Pour quelques-uns de ces habitants de l’âge du Bronze, la Roque Saint-Christophe devait devenir aussi la dernière demeure : dans le grand abri, D. Peyrony a découvert une sépulture double ; les restes incomplets d’un adulte et d’un adolescent avaient été déposés tête bêche dans une fosse creusée au ras du rocher. Peut-être s’agit-il d’un rite complexe, qu’on nomme sépulture secondaire : une première inhumation est suivie de récupération (partielle) des ossements, que l’on redépose ensuite en terre. Un grand feu avait été allumé dans la fosse, les traces en sont encore visibles sur le rocher ; peut-être s’agissait-il d’un rite de purification ? En tous cas, les cendres étaient encore brûlantes lorsque les ossements humains furent déposés en terre. Les os d’un jeune boeuf et d’un mouton, en partie brulé, retrouvés dans la fosse, sont peut-être les restes d’un festin rituel à l’occasion de cette cérémonie.

Le passage à l’Âge du Fer s’effectue sur place, sans donner lieu à une véritable révolution, vers la fin du VIIIème siècle avant notre ère ; la transition se marque par l’apparition des premiers objets de fer dans une culture matérielle encore marquée par les traits caractéristiques de la fin de l’Âge du Bronze. À partir de ce moment, on constate une désaffection du site, qui ne paraît plus occupé de manière intensive.

Entre ce moment d’abandon relatif et la reprise d’occupation intensive du Moyen Âge, la Roque ne demeure cependant pas vide d’habitants, et des vestiges plus ou moins sporadiques attestent pour le moins une certaine fréquentation de ces parages, en particulier vers la fin du Second Âge du Fer. En outre, les fouilles en cours ont montré que la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge, âges obscurs pour lesquels les textes historiques restent muets sur la Roque, ont pourtant vu une occupation humaine assez importante. Des traces d’aménagements de sols et de constructions arasées ont été reconnues, ainsi que des restes de céramique paléochrétienne (sigilisée grise), et des vestiges d’époque mérovingienne. Les abris du pied de la falaise ont peut-être déjà vu s’installer quelques bas-fourneaux de fabrication du fer, et des ateliers de forgerons. Dès le Haut Moyen Âge, antérieurement à l’édification du fort de Frotaire, la grande falaise au- dessus de la Vézère abritait certainement un groupe humain actif, et constituait déjà un centre d’une certaine importance.

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